L'arnaque des colloques bidons

1° octobre 2017

 

On m'avait parlé de ce qu'on appelle, sur le net, les "predatory conferences".

Comment cela se passe-t-il ? Eh bien un jour vous recevez un mail élogieux (voir plus bas), qui évoque vos travaux, vos présentations récentes. On vous suggère de figurer dans un colloque d'allure présentable. Et pour corser l'affaire "les organisateurs" vous offrent d'emblée une conférence orale, pas un poster.

Voici la page du colloque, et l'adresse correspondante :

Un évènement " certifié académique", diable. Jamais vu une telle mention. Coup d'oeil sur les sites académiques qui font état des différentes manifestations scientifiques. Celle-là n'est pas mentionnée.

Coup d'oeil au programme scientifique.

Signification de l'adjectif " tentative" : provisoire, à titre indicatif. Que voit-on quand on explore cette page ? Une liste interminable de noms et de titres de communications.

Dans ce fouillis de noms je vois pparaître celui d'un collègue, directeur de recherche 1° classe au Cnrs, directeur-fondateur d'un labo du Cnrs qui se consacre aux théorie cosmologiques. Je lui envoie un mail en lui demandant s'il confirme qu'il a démarché pour participer à ce colloque. Sa réponse me parviendra quelques jours plus tard. Il n'est pas au courant ....

Je réponds quand même au mail de harponnage, envoyé par une certaine Preity Sae. Ce nom indique que c'est une Indienne.

Le message :

- Vous êtes la personne dotée d'une expérience significative dans cette discipline qui est susceptible de produire une communicatioon marquante, susceptible de créer une émulation chez de jeunes esprits, tout en abattant les obstacles qui se dressent dans le domaine concerné, ce que prouvent vos travaux. Nous pensons qu'une présentation de votre part contribuera à donner à ce colloque une dimension importante.

En réponse je demande à l'unique contact s'il est possible d'avoir accès aux proceedings d'un premier colloque, de l'année précédente, en décembre 2016 à Dallas.

Pas de réponse.

Je demande s'il est confirmé que mon collègue français (je mentionne son nom) sera présent lors de cette manifestation.

Pas de réponse, mais son nom disparait de la liste ....

Le tarif pour ce colloque. Minimum 1000 dollars. Le lieu : apparemment une sorte de centre commercial. Absence de cadre académique.

Je découvre le nom de Weinberg dans la liste des gens du comité scientifique.

.

Pour en avoir le coeur net j'écris à Preity Sae que des sponsors envisageraient de financer ma mission là-bas, mais que ces gens souhaiteraient se voir communiquer la copie de la lettre, ou du message envoyé par Steven Weinberg, où celui-ci accepte de figurer dans le comité de parrainage de cette manifestation.

Pas de réponse.

Affaire entendue. Mais quel est le but de ces colloques ? Faire de l'argent, tout simplement. Cent participants à 1000 dollars, ça fait des sous. Que faut-il pour gérer ça ? Un site Internet, une nana domiciliée aux Indes, pour couper court à d'éventuelles poursuites. Quelques complices acceptant de figurer ici ou là. Il ne reste plus qu'à aller pêcher des noms, des adresses et des titres de communications. On envoie alors des incitations à participer à ces colloques, éventuellement avec un sérieux passage de brosse à reluire.

Et l'affaire fonctionne. Le colloque a lieu, comme une pièce de théâtre où on on annonce une distribution de qualité, mais où ce seront finalement les spectateurs qui feront le spectacle. On distribue des documents qui attestent de la participation à un tel colloque. C'est peut être ça qui est visé par ces partricipants, le fait de pouvoir mentionner dans un rapport "présenté au colloque Astrophysics and particles Physics, San Antonio 2017".

Il reste une question intéressante. Les budgets des missions pour les chercheurs restent limités. Il est possible que la participation effective de intervenants à ces colloques ne soit pas indispensable pour que leurs communications figurent dans les proceedings. D'où l'économie du voyage et du séjour. Mais d'ailleurs, y a-t-il des proceedings ? ....

On trouve des entreprises similaires avec l'avènements d'une foule de revues numériques. Pour créer une revue il suffit ... d'une ligne internet. Pas de vrais referees ? Mais qui ira vérifier ? Je me souviens de la démarche d'un collègue qui, ayant publié un article dans une de ces revues, demanda quel avait été l'analyse du referee.

Pas de réponse.

Dans l'actualité scientifique actuelle, quelle est la part du message et celle du bruit de fond. Je repense aux communications du colloque de Francfort. On y trouvait des "collisions de mini trous noirs primordiaux", des "gaz de cordes", et que sais-je encore ?

Imaginez que vous participiez à ces colloques académiques et ces autres, considérés comme bidons. Mais, franchement, dès qu'il s'agit de théorie et non d'expériences, la différence ne saute pas aux yeux.

Souriau :

- La physique théorique est devenue un vaste hôpital psychiatrique, où ce sont les fous qui ont pris le pouvoir.

                                                                                                                                                                                                    A suivre

 


 

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